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Journal désenchanté
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16 septembre 2006

Le week-end d'intégration (1/2).

Vendredi matin (pas celui-ci, celui d'avant), tous les nouveaux élèves comme moi sont devant l’école, à Paris : environ 500 personnes, répartis dans une douzaine de cars. L’organisation est laissée aux « Cosimen » : par « COSI », entendez « Comité d’organisation du séminaire d’intégration », terme parfois employé abusivement pour désigner le séminaire lui-même. Ce sont tous des élèves de l’école. Ils distribuent des papiers à remplir, ainsi que des feuilles avec le trombinoscope des Cosimen et, agrafées à la suite, des chansons pornos. Ils donnent également une sacoche remplie de prospectus de pub pour des entreprises de bâtiment, car il faut savoir que le COSI est financé par des « sponsors », c'est-à-dire des entreprises qui, en contrepartie, font leur promo. Pour faire passer le temps, on nous propose des jeux débiles : faire un relais en se passant un marshmallow en utilisant que la bouche, faire une course en se suspendant au dessus des rangées de sièges, etc. Ils demandent aussi à des gens au hasard de venir se présenter (en environ dix seconde) et au choix, de raconter une blague ou de chanter une chanson dégueu extraite des feuilles qu’ils ont distribuées. Certains ne font ni l’un ni l’autre. Par chance, je n’ai même pas à passer. Le voyage passe assez vite et nous arrivons à Auxerre au bout d’environ deux heures trente. Chaque car se divise en deux équipes, chacune aux couleurs d’un sponsor (avec tee-shirts et casques fournis), et c’est parti pour les « Cosigames ». Je suis dans l’équipe avec les gens de ma prépa, et je resterai avec eux tout le week-end.
Chaque équipe se sépare encore en deux : l’une doit réaliser une construction d’un monument célèbre (dans notre cas, la tour Eiffel) avec uniquement des briques en polystyrène. L’autre participe à des jeux (course en sac, ski à trois, etc.) pour tenter de gagner des briques supplémentaires à la construction, ce qui ne sert pas à grand-chose car il y en a de toute façon assez. On commence par fixer les bases de la construction puis on se rend aux jeux. A notre retour, l’autre partie de l’équipe a entièrement refait la tour (qui s’était écroulée entre temps) en fixant les pièces à l’aide de bâtonnets. Au final, cela avait plutôt fière allure (ce qui, pour une fois, n’est même pas ironique). Les cadres des différents sponsors étaient venus pour voir comment tout cela se passe, des jurys notent les constructions, ainsi que des reconstitutions de tableaux que l’on était censé imiter sans utiliser d’éléments extérieurs.

Dans l’après midi, direction un parc d’exposition où se déroule le forum. Après avoir mis nos beaux costumes dans le parking des autobus (avouez quand même qu’il existe des endroits plus confortables pour se changer…), nous sommes prêts à rencontrer les professionnels. Plusieurs stands, comme dans un salon : bien sûr, c’est encore de la pub pour les entreprises du bâtiment, qui ont chacune leur stand. Quand on n’y connaît rien a priori, difficile de s’intéresser à quoi que ce soit. Il y a quand même des stands plus petits : un seul type, une table, quatre fauteuils et pas de pub. Le gars nous dit qu’il travaille dans une petite entreprise spécialisée dans les fondations, mais nous explique surtout quelques aspects du métier d’ingénieur, les choix de carrière, que l’on peut avoir à faire, etc. Son franc parlé et le contenu de son discours était quand même nettement plus sympa que le baratin formaté débité par les grand groupes.

Après ça, la « pièce de résistance », le grand (qui a dit interminable ?) show pour lequel nous sommes tous réunis dans une grande salle avec scène, écran géant et équipe de réalisation ; à savoir différents discours, plus ou moins rasoir, du directeur de l’école et de l’équipe éducative (j’ai retenu la phrase « vous avez de la chance d’avoir intégré cette école, certains ne l’ont pas eu : ceux qui n’ont pas tiré le bon numéro à la loterie de la vie ». Quand même, sortir une formule aussi tarte, il faut oser, nan ?) Heureusement, le maître de cérémonie était là pour faire passer le temps. Sorti de l’école il y a vingt ans, célibataire (comme il s’amusait à le rappeler), le seul à être habillé de façon ordinaire (pas de cravate et en jean), il avait le rôle de l’amuseur de service : blagues à deux balles, parodies de chansons, le tout entrecoupées de séquences vidéo où, travesti en blonde stupide (comme dans l’émission de télé Samantha Oups !), il continuait de faire le clown. Une ambiance un peu « spectacle de patronage » au ridicule assumé et de ce fait pas déplaisant. Un peu dans le même ton, la présentation du début s’accompagnait (comme c’est apparemment le cas chaque année) d’un thème qui pastiche le grand succès ciné de l’année : là c’était bien sûr les Pirates des Caraïbes et le maître de cérémonie était arrivé costumé en corsaire. Même le directeur de l’école avait, le temps de son discours, troqué son costume de ville pour celui d’un noble anglais officiant dans les Caraïbes (voir Jonathan Pryce dans le film de Gore Verbinski). Ajoutez à ça des diaporamas présentant l’école, une chorégraphie des Cosimen en bleu de travail et casques, sans oublier les éternelles pubs pour les sponsors sur l’écran (c’est vrai qu’on risque hélas pas de les oublier…) et cela fait un show globalement réjouissant bien qu’un peu long.

Pour le dîner, les choses n’avaient pas été faites à moitié : une cinquantaine de tables, des plats raffinés (fois gras, Champagne, etc.), un service impeccable : cela contrastait avec les plateaux pique-nique du midi. Ils avaient prévu de l’animation et un magicien (accent italien, tête de croque-mort et costume assorti, sauf pour la cravate-fantaisie) faisait ses tours de table en table. Nous étions réunis par filières, avec des places réservés pour le personnel de l’école, les invités extérieurs et les Cosimen. A ma droite, un prof de béton de deuxième année ; à ma gauche, l’inspecteur de ma classe. L’inspecteur est en fait ce que l’on pourrait comparer à un conseiller principal d’éducation où à un prof principal au lycée : c’est lui que l’on doit voir si on a un problème, il vérifie les absences, récupère les papiers administratifs, etc. Il y avait aussi un ancien élève sorti il y a deux ans et qui maintenant travaille chez Bouygues, le genre « jeune cadre dynamique » avec petit sourire en coin. L’inspecteur, déçu qu’il n’y ait pas encore de fille à notre table quand nous nous installons, ramène comme Cosigirl la « Miss Bizut » de l’année dernière. Les trois autres élèves et moi-même n’avons pas grand-chose à dire (de toutes façon, moi je n’ai jamais rien à dire dans ce genre de situation, du moins est-ce l’impression que je donne), d’autant plus que quand des gens du bâtiment sont entre eux, eh bien qu’est ce qu’ils se racontent ? Des histoires de bâtiment. Et nous n’y comprenons pas forcément grand-chose. (Ou, deuxième solution, on s’en fout.) « Ce que je n’aime pas trop chez Bouygues, attaque le prof à l’attention du cadre dynamique,  c’est que… » et il lui cite des pratiques à propos d’appels d’offres et de je ne sais quoi. « Meuh non, on essaye de plus trop faire ça » le rassure le gars de l’entreprise, sans jamais se départir de son petit sourire en coin. Ca enchaîne sur les ouvriers « de base » qui travaillent mal, comme par exemple un qui avait peint du béton avec de la peinture pour acier (rendez-vous compte…), à moins que ça ne soit l’inverse… Comme le prof voit qu’il n’est pas facile de nous faire dire quoi que ce soit, il embraye sur un sujet que l’on est censé connaître, la prépa. Moi, ça ne me branche pas de parler de ça : primo parce que c’est fini, deuxio, parce que c’est surtout l’occasion de dire des lieux communs et ça se vérifie une fois de plus. « Alors, dit-il, qu’est ce qu’il faut pour réussir en prépa ; parce que vous avez réussi, vu que vous êtes là. » Déjà, si j’avais si bien réussi que ça, j’aurais été dans une école un peu meilleure que celle-ci, mais ça n’est pas le genre de remarque que l’on fait à haute voix. Je vois bien où il veut en venir : il veut dire qu’il faut être sérieux et bosser. Mais vu le peu que j’ai fait durant ces trois ans, je ne suis pas le bon exemple, et ce ne serait pas forcément une bonne idée de l’évoquer. « Alors, qu’est ce qu’il faut, persiste-il, de l’organisation ? »« Oui » dis-je, pour n’avoir plus à parler, et il semble se satisfaire de la réponse.

Il est plus de minuit quand nous dirigeons vers l’hôtel. L’enseigne d’un Mercure nous donne un vague espoir mais ne nous leurrons pas : ça sera le Formule 1 d’à côté. Comme son nom l’indique, c’est de l’ « hôtellerie rapide » (un peu comme il y a de la restauration rapide) : c’est pas cher mais c’est pas terrible : service minimum, tout est en formica et en plastoc, entièrement impersonnel, à tel point qu’il n’y a personne (au sens propre) à la réception à partir d’une certaine heure, et que c’est un automate qui vend les chambres. Pratique, sauf quand ça marche pas, (comme toujours). Le Cosiman appuie sur le bouton d’urgence et explique que les codes pour entrer sont faux. A l’autre bout de la ligne, une voix (pas un robot cette fois-ci mais on se doute que pour économiser le personnel, c’est le même mec pour toute la France qui est au standard pour tous les hôtels), sans doute habitué au fait que les gens appellent parce qu’ils ne savent pas utiliser la machine, ne fait que répéter les consignes indiquées pour acheter une chambre sur l’automate. Après que le Cosiman lui eut spécifié que notre problème était tout autre, le type appelle sans doute l’hôtel car quelqu’un en robe de chambre vient nous ouvrir peu après. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la nuit sera courte car on nous annonce qu’il faut se lever tôt le lendemain.

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Commentaires
M
uhuh mon WEI fut... tres différent ...<br /> 100 jeunes qui retapent une abbaye, ya pas mieux pour le top délire kikoo mdr !<br /> <br /> en attendant, j'attends toujours le réseau dans ma résidence, et je comme depuis mon cours d'info sous le regard hébété du prof.<br /> <br /> La vie est dure, le chemin est long. Long. <br /> <br /> [ceci est une réplique gadzariq*ue !]
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